Pour que celle-ci puisse réellement fonctionner, notez qu'il est absolument nécessaire d'écouter le fichier son mp3 avec un casque audio ! Si vous ne le faites pas avec un casque, vous passerez complètement à coté de l'expérience. De plus, pour optimiser la chose, fermer les yeux est fortement conseillé. Téléchargez d'abord ce fichier mp3 (1,35 mo) sur votre ordinateur, mettez votre casque sur les oreilles, ouvrez le fichier mp3 et fermez les yeux.

psychoacoustique et 3D

Alors ? Décoiffant n'est-ce pas ? :-)

L'enregistrement Holophonic est une technique de prise de son en 3 dimensions qui permet de restituer de manière quasi parfaite ce que l'on peut entendre dans un environnement naturel. Dans un enregistrement classique en stéréo, on peut recréer un semblant de spatialisation, par le placement et le mouvement du son d'une enceinte à une autre, et restituer un semblant de profondeur en jouant sur les volumes ou les réverbérations. Avec un enregistrement en 3 dimensions, on est capable de restituer presque intégralement la spatialisation telle que notre cerveau la perçoit en situation d'écoute dans le monde. Ainsi on peut avoir le sentiment que les sons circulent tout autour de nous, tout autour de notre complexe tête-oreilles (et bien que l'écoute de l'enregistrement ne se fait qu'à partir d'une source de diffusion stéréo, comme le casque audio). Les sons semblent circuler au dessus, au dessous, devant, derrière, à droite, à gauche, presqu'exactement comme dans la "réalité".

Et c'est là que je trouve cette petite expérience passionnante, parce qu'elle pose la question de ce qu'est le réel, du rapport entre perception, réalité et virtualité.

On sait bien que nos oreilles n'entendent rien ! Eh oui ! C'est notre cerveau qui entend, qui décode les signaux (ondes physiques, puis électriques) reçus et transmis par les oreilles. D'ailleurs, avez-vous remarqué que notre cher cerveau fait à ce propos un travail admirable ? En effet, il nous permet d'avoir une approche auditive en 3 dimensions, spatiale, alors que nous n'avons que deux sources de captation des signaux sonores, deux oreilles. Pour capter les évènements sonores dans l'environnement tri-dimensionnel, pour nous permettre de situer les sources sonores devant, derrière, à droite, à gauche, au dessus, au dessous de nous, on aurait pu penser que Dame Nature aurait eu besoin de nous octroyer trois oreilles. Que nenni ! Deux oreilles ont suffit ! Nous captons physiquement les sons avec un outil bi-dimensionnel (nos deux oreilles) et c'est le cerveau qui rétablit les choses dans leur tri-dimensionnalité (aidé par le fait que le corps capte lui aussi les sons, et que les vibrations du squelette sont transmises au liquide baignant l'oreille interne). Comment cela se passe t-il ? Je ne connais pas tous les détails, mais le cerveau analyse les sons en tenant compte des différences de phase, à partir du différentiel de distance (facteur temps), et également de volume (facteur intensité) du son par rapport à chaque oreille, et de l'évolution du spectre sonore dans l'espace (ce spectre, grave, médium, aigu, est modifié en fonction de la position du son par rapport aux pavillons des oreilles et par rapport à la boite crânienne). Plus bas sur cette page, des info supplémentaires de l'IRCAM.

La première fois que j'ai fait cette expérience, et comme beaucoup d'autres personnes à qui j'ai proposé de la faire, j'ai eu un sentiment de malaise. J'en connais même que ce malaise à amené à retirer immédiatement le casque avant la fin de l'expérience ! Parce que l'enregistrement Holophonic en 3D, arrive quasiment à leurrer le cerveau, et que s'instaure une confusion totale entre ce qui est réel et ce qui ne l'est pas. A partir du moment où on délivre au cerveau des informations sonores virtuelles quasi-identiques à ce qu'il perçoit d'ordinaire dans l'environnement "réel", celui-ci ne perçoit pas de différences. Et c'est comme s'il délivrait en retour à la conscience du sujet qui fait l'expérience, une sorte de certificat : "entendu et approuvé, réalité à l'oeuvre !".

Bien entendu, comme nous savons que nous faisons une expérience virtuelle, et que nous avons bien un casque sur la tête et que nous sommes en train d'écouter un enregistrement, nous sommes en mesure de corriger l'interprétation du cerveau, et de lui répondre : "Hop là ! Qu'est-ce que tu racontes ?! C'est pas réel, c'est virtuel !". Mais il y a en général un petit délai avant que nous puissions re-interpréter et corriger les conclusions du cerveau, et pour le moins une contradiction troublante (ma conscience sait que c'est virtuel mais mon cerveau me dit que c'est réel !), et c'est cela, d'avoir été leurré ne serait-ce qu'un instant, qui selon moi créé la confusion et le malaise.

S'il est possible de leurrer le cerveau si facilement en ce qui concerne l'ouie, il en va de même, déjà, avec l'odorat (qui peut différencier une très bonne synthèse d'un parfum réel ?), le goût, le toucher. Seul la vue résiste encore, mais grâce au rapide développement des images de synthèse en 3D, on peut bien imaginer que d'ici peu, on pourra faire la même expérience avec des projections visuelles virtuelles. Imaginons maintenant une expérience complète, où seront transmis 5 leurres "réalistes" aux 5 sens de perception, qui rapporterons conjointement au cerveau tous les éléments de la réalité telle qu'il a l'habitude de les décoder. Troublant, non ? Parce que dans cette expérience virtuelle totale, ne pouvant compter sur l'interprétation de notre cerveau, il s'agirait de ne vraiment pas oublier qu'on fait là une expérience virtuelle, sous peine de ne plus pouvoir faire aucune distinction entre réalité et virtualité ! ;-)

Alors, qu'est-ce qui est réel, et qu'est-ce qui ne l'est pas ? Pouvons-nous nous baser uniquement sur le décodage qu'effectue notre cerveau des perceptions physiques faites par les 5 organes des sens, pour juger de ce qui est réel ou pas ?

Aller, laissons la conclusion de notre petite babille à l'ami Jean-Claude Vandamme :

"Si tu dors et que tu rêves que tu dors, il faut que tu te réveilles deux fois pour te lever." :-)

Voici ci-dessous quelques infos complémentaires sur ces phénomènes...

Perception de l'espace

Critères binauraux

Les critères binauraux regroupent tous les indices qui impliquent les deux oreilles pour nous donner des indices sur la position dans l'espace de la (des) source(s) sonore(s) :

  • différence d'intensité entre les deux oreilles, c'est le critère utilisé par la stéréophonie en HIFI pour restituer une impression d'espace,
  • dé-synchronisation ou déphasage des signaux parvenant aux deux oreilles : les distances que le son parcourt entre la source et les deux oreilles sont différentes. Une impulsion générée à ma droite arrive donc d'abord sur mon oreille droite puis sur mon oreille gauche. Pour les sons stables et périodiques, cela induit un déphasage entre la voix gauche et la voix droite.

Critères monauraux

Les circonvolutions du pavillon de l'oreille entraînent des atténuations différentes pour les ondes sonores en fonction de leur direction de provenance. Notre cerveau a une connaissance intuitive de cet effet de directivité, et est capable d'en extraire des indications sur la direction des sons.

En première approximation, l'intensité d'un son nous donne une indication sur sa proximité. En effet, plus la source sonore est éloignée, moins elle est forte. Toutefois, dans le cas des enregistrements audio, les niveaux d'écoute sont relatifs, et sont donc insuffisants pour nous donner une indication d'espace ; pourtant nous sommes capables de percevoir un effet de présence. L'effet de salle nous donne donc des indications simultanément sur la salle et la position de la source. En général, on distingue successivement dans une salle :

  • le son direct,
  • les premiers échos,
  • les réflexions tardives.
Les durées et les amplitudes respectives de toutes ces phases sont des critères qui nous aident à juger de la proximité (ou de l'éloignement) de la source sonore.

Critères de mouvement

Le mouvement d'une source sonore (ou du récepteur) entraîne une signature acoustique très caractéristique : l'effet Doppler. Si la source et le récepteur se rapprochent l'un de l'autre, les sons se décalent vers les aigus. Si ils s'éloignent, les sons se décalent vers les graves. C'est le même effet, appliqué aux ondes lumineuses, qui nous permet de mesurer les vitesses d'éloignement des astres par rapport à la Terre.

Par Tassart Stéphan - IRCAM - Décembre 1997


Les connexions directes sur le cerveau font des progrès vertigineux

Extrait : "(...) ce qui est envisageable dans un sens l'est également dans l'autre : Sony, le fabricant de la PlayStation, a ainsi déposé début 2005 un brevet pour une technologie permettant de transmettre directement des informations sensorielles au cerveau. Cette technologie, qui fait l'objet d'un brevet américain, pourrait être un jour utilisée pour la création de jeux vidéo dans lesquels il serait possible de sentir ou de goûter. Ce brevet développe une technique permettant d'envoyer des pulsations ultrasoniques à des zones spécifiques du cerveau pour induire des "expériences sensorielles", comme les odeurs, les sons et les images. Cette double possibilité d'agir directement sur le réel par la pensée et de transférer directement dans notre cerveau sensations et émotions va démultiplier de manière prodigieuse nos champs et possibilités d'action et de réflexion dans tous les domaines et va nous contraindre à repenser nos conceptions du réel et nos formes de relations humaines, sociales et culturelles. Confronté à une réalité infiniment plus vaste, plus riche mais aussi plus déstabilisante et fondamentalement fluctuante, l'homme va devoir s'adapter, injecter du sens à ce déluge technologique et définir une neuréthique qui donne une finalité à cette nouvelle étape de l'aventure humaine. A une vitesse foudroyante, les mondes virtuels se préparent à envahir notre monde réel. L'humanité est-elle prête ?" (René Trégouët - Sénateur honoraire)

http://www.tregouet.org/article.php3?id_article=393

Crédits
L'enregistrement ci-dessus est tiré du CD : MasterBits - Soundshow - Volume 2 (1992).
L'extrait est tiré de la plage 29 du CD, intitulé Holophonic Journey par 27th Dimension
http://www.masterbits.de/main_e.htm

Image 3D : http://wp.li.ru/3d/